La bienveillance envers les enseignants, câest le fait de reconnaĂźtre leur fatigue, leur engagement et leurs limites humaines, afin de mieux soutenir ceux qui accompagnent les enfants au quotidien. Elle ne concerne pas seulement leur bien-ĂȘtre : elle influence aussi le climat de classe, la qualitĂ© de la relation Ă©ducative et, au fond, les conditions mĂȘmes de lâapprentissage.
đ± Pourquoi la bienveillance envers les enseignants change tout
On parle beaucoup de bienveillance aujourdâhui.
On parle de bienveillance envers les enfants.
On parle de bienveillance dans lâĂ©ducation.
On parle de respect, dâĂ©coute, dâempathie.
Et câest heureux.
Mais, trĂšs souvent, on oublie un maillon essentiel : la bienveillance envers les enseignants.
Pourtant, un enseignant soutenu, compris et respectĂ© peut bien plus facilement soutenir, comprendre et respecter Ă son tour. Câest presque comme dans un sol vivant : quand la terre est appauvrie, tout ce quâelle porte finit par en pĂątir. Quand elle est nourrie, en revanche, tout le reste peut mieux pousser đż
⥠Quand la critique devient plus facile que la confiance
Il y a quelque chose qui a changé dans notre société.
Autrefois, lorsquâun enfant avait eu un comportement inadaptĂ© Ă lâĂ©cole, il nâosait pas toujours en parler Ă la maison. Bien sĂ»r, il ne sâagit surtout pas de regretter les violences Ă©ducatives ni les rĂ©primandes injustes. Câest une bonne chose que la peur ne soit plus au centre de lâĂ©ducation.
En revanche, un autre déséquilibre est parfois apparu.
Aujourdâhui, lorsquâun enfant raconte une difficultĂ©, le regard des adultes peut trĂšs vite se tourner vers le professeur :
- « Il donne trop de devoirs »
- « Les consignes ne sont pas assez claires »
- « Il nâa pas bien expliquĂ© »
- « Il aurait dû laisser plus de temps »
Parfois, la difficultĂ© de lâenfant est rĂ©elle. Parfois aussi, elle est projetĂ©e sur lâenseignant, alors que plusieurs facteurs entrent en jeu : la fatigue, lâattention, lâorganisation, lâĂ©motion du moment, ou simplement le fait dâapprendre, qui nâest jamais un processus parfaitement linĂ©aire.
Cette facilitĂ© nouvelle Ă critiquer les enseignants fragilise la relation Ă©ducative. Or, cette relation compte beaucoup plus quâon ne le croit.

đ§ Ce que les neurosciences montrent sur le stress et lâapprentissage
Le cerveau apprend mieux quand il se sent suffisamment en sécurité pour mobiliser son attention, sa mémoire et sa flexibilité cognitive.
Une Ă©tude sur le stress et apprentissage en classe montre que le stress modifie directement lâencodage et la rĂ©cupĂ©ration des informations.
Elle montre que le stress a des consĂ©quences importantes sur notre capacitĂ© Ă apprendre et Ă mĂ©moriser. Autrement dit, lorsque tout le monde est tendu, pressĂ© ou sur la dĂ©fensive, la qualitĂ© des apprentissages sâen ressent.
Et cela concerne aussi les adultes qui enseignent.
đ§ Bienveillance envers les enseignants : un mĂ©tier beaucoup plus exigeant quâon ne lâimagine
On entend encore souvent que les enseignants ont « beaucoup de vacances ». Cette phrase, à elle seule, montre à quel point ce métier est mal compris.
Ătre professeur, ce nâest pas simplement transmettre un contenu. Câest aussi :
- tenir un groupe toute la journée
- capter lâattention de nombreux Ă©lĂšves en mĂȘme temps
- composer avec des personnalités trÚs différentes
- gĂ©rer les Ă©motions, les tensions, lâagitation, le bruit
- rester clair, présent, stable et intéressant malgré la fatigue
Il y a peu de mĂ©tiers oĂč lâon doit ĂȘtre ainsi, des heures durant, face Ă un groupe dâenfants ou dâadolescents pleins dâĂ©nergie. Et, le soir, une fois rentrĂ© Ă la maison, le travail continue souvent :
- corrections
- préparation des cours
- organisation des séquences
- adaptation pour certains élÚves
- réflexion pédagogique
La sĂ©paration entre lâĂ©cole et la maison est alors bien plus poreuse quâon ne lâimagine.
⥠Une fatigue cognitive bien réelle
Le cerveau humain nâest pas conçu pour soutenir indĂ©finiment une attention intense.
Une Ă©tude sur la fatigue cognitive et attention montre que les ressources cognitives sont limitĂ©es et peuvent sâĂ©puiser temporairement.
Elle rappelle que les ressources attentionnelles ne sont pas illimitĂ©es et quâune attention prolongĂ©e entraĂźne une baisse des performances et une augmentation de la fatigue mentale.
Quand on pense au mĂ©tier dâenseignant Ă la lumiĂšre de cela, on comprend mieux pourquoi il demande une telle Ă©nergie invisible.
â€ïž Une charge Ă©motionnelle souvent sous-estimĂ©e
Enseigner, ce nâest pas seulement rĂ©flĂ©chir. Câest aussi porter, contenir, rĂ©guler.
Une revue sur la charge Ă©motionnelle chez les enseignants montre quâune part importante de travail Ă©motionnel est impliquĂ©e dans lâenseignement, et que ce travail Ă©motionnel est liĂ© au burn-out.
Autrement dit, il ne sâagit pas seulement de fatigue physique ou de surcharge de tĂąches. Il sâagit aussi dâune fatigue relationnelle, affective, profonde.
đż Un besoin humain ancestral : coopĂ©rer plutĂŽt que juger
Si lâon prend un peu de recul, lâĂȘtre humain nâa pas Ă©voluĂ© dans des systĂšmes oĂč chacun Ă©value constamment le travail de lâautre Ă distance. Nous avons longtemps vĂ©cu dans des groupes oĂč la transmission se faisait dans la coopĂ©ration, lâobservation, la confiance, lâimitation et lâentraide.
Nos besoins les plus anciens nâont pas disparu :
- besoin de coopération
- besoin de sécurité relationnelle
- besoin de mouvement
- besoin de respiration
- besoin de lien avec le vivant
Quand lâĂ©cole devient un lieu de suspicion permanente, on sâĂ©loigne de ce qui aide profondĂ©ment les humains Ă apprendre ensemble.
âš Les Ă©motions comptent vraiment dans lâapprentissage
Une revue sur les Ă©motions positives et apprentissage montre que les Ă©motions acadĂ©miques positives favorisent les effets de lâapprentissage.
Elle montre que les Ă©motions acadĂ©miques positives favorisent les effets de lâapprentissage. Cela ne signifie pas quâil faille chercher un monde lisse ou sans difficultĂ©, mais que le climat Ă©motionnel nâest pas un dĂ©tail. Il fait partie de la pĂ©dagogie.
Petite dĂ©finition: Les Ă©motions acadĂ©miques positives sont tout simplement les Ă©motions agrĂ©ables que lâon ressent pendant une situation dâapprentissage.
Ce sont des émotions comme :
- la joie dâapprendre quelque chose de nouveau
- la fierté aprÚs avoir réussi
- lâintĂ©rĂȘt pour un sujet
- la curiosité
- le plaisir de comprendre
Soutenir les enseignants, câest donc aussi soutenir les conditions Ă©motionnelles dans lesquelles les Ă©lĂšves apprennent.
đŽ La bienveillance envers les enseignants commence aussi par soi-mĂȘme
Il y a une autre forme de bienveillance dont on parle encore trop peu : celle que lâenseignant sâaccorde Ă lui-mĂȘme.
Parce quâon peut difficilement ĂȘtre pleinement prĂ©sent pour les autres quand on est vidĂ©.
Ătre bienveillant envers soi, cela peut vouloir dire :
- se coucher plus tĂŽt quand câest possible
- accepter de simplifier
- renoncer à certaines exigences irréalistes
- choisir des outils qui allĂšgent vraiment le quotidien
- ne pas attendre lâĂ©puisement pour rĂ©agir
đ§ Pourquoi le sommeil change tout
Une revue sur le sommeil et cerveau émotionnel montre à quel point le sommeil est lié au fonctionnement émotionnel du cerveau.
Elle montre que le manque de sommeil perturbe la régulation affective, la disponibilité relationnelle et le fonctionnement cognitif.
Quand on enseigne, mieux dormir nâest pas un confort secondaire. Câest une base professionnelle, humaine et familiale.
đ ïž AllĂ©ger la charge : des solutions concrĂštes existent
Câest prĂ©cisĂ©ment pour cela que je trouve important de parler dâoutils simples, concrets, rĂ©alistes.
Dans mon cas, les quiz en ligne ont vraiment changé quelque chose.
Je pense notamment Ă la QuiziniĂšre de RĂ©seau CanopĂ©, que jâai trouvĂ©e trĂšs utile pour :
- les tests de vocabulaire
- certaines compréhensions orales
- certaines compréhensions écrites
- quelques exercices de grammaire simples
- des activités à trous, à relier ou des QCM
Bien sĂ»r, il faut vĂ©rifier derriĂšre. Il peut y avoir des rĂ©ponses pertinentes auxquelles on nâavait pas pensĂ©. Il ne sâagit donc pas de dĂ©lĂ©guer entiĂšrement son jugement pĂ©dagogique Ă un outil.
Mais malgré cela, le gain de temps est réel.
Au lieu de corriger chaque copie de bout en bout jusque tard dans la nuit, on peut concentrer son énergie sur ce qui mérite vraiment une relecture fine.
Et parfois, cela change tout.
â€ïž Ce que jâai vĂ©cu moi-mĂȘme
Je me souviens trĂšs bien dâune fin dâannĂ©e oĂč jâavais cinq classes, dont trois dâun mĂȘme niveau, avec les Ă©valuations qui arrivaient en mĂȘme temps.
Jâessayais de faire des petits tests rĂ©guliers pour que les Ă©lĂšves apprennent rĂ©guliĂšrement. Lâintention Ă©tait bonne. Mais la charge de correction, elle, devenait Ă©norme.
Je terminais parfois Ă minuit. Parfois Ă une heure du matin.
Et un soir, je me suis vraiment posé cette question :
Mais quâest-ce que je fais lĂ , encore Ă corriger Ă cette heure-ci, alors que jâai dĂ©jĂ travaillĂ© toute la journĂ©e ?
Cette question a été importante pour moi.
Parce quâelle mâa obligĂ©e Ă reconnaĂźtre une Ă©vidence : pour ĂȘtre prĂ©sente Ă mes Ă©lĂšves, je devais dâabord protĂ©ger un peu mieux mon Ă©nergie.
Depuis, je ne cherche pas Ă tout automatiser. Je vĂ©rifie encore beaucoup de choses. Mais jâai trouvĂ© un Ă©quilibre plus vivable. Et cela mâa rĂ©ellement changĂ© la vie.
đł La nature nous rappelle quelque chose dâessentiel
Dans la nature, rien ne tient durablement en sur-régime.
Tout fonctionne par cycles :
- intensité
- repos
- récupération
- renouvellement
Nous sommes faits, nous aussi, pour alterner.
Une Ă©tude sur les bienfaits de la nature sur lâattention montre que les environnements naturels peuvent ĂȘtre bĂ©nĂ©fiques pour les performances cognitives.
Elle montre que les environnements naturels peuvent ĂȘtre bĂ©nĂ©fiques pour les performances cognitives, notamment pour les fonctions qui demandent une attention dirigĂ©e.
Autrement dit, le contact avec la nature peut aider Ă restaurer une partie de nos ressources mentales.
Quelques minutes dehors, un moment au calme, un arbre regardĂ© vraiment, un trajet Ă pied, une respiration dans un espace vivant⊠tout cela peut paraĂźtre minuscule. Et pourtant, ces gestes ont parfois la douceur silencieuse dâune pluie fine sur une terre fatiguĂ©e.
đ Redonner sa place Ă la bienveillance envers les enseignants
La bienveillance envers les enseignants nâest pas un luxe.
Câest une condition essentielle pour que lâĂ©ducation fonctionne vraiment.
Câest une question Ă©ducative.
Parce quâun enseignant soutenu :
- dort mieux
- sâĂ©puise moins
- est plus disponible
- garde davantage de patience
- peut mieux accompagner les élÚves
Et parce quâun enseignant constamment critiquĂ© ou dĂ©bordĂ© finit, lui aussi, par fonctionner en mode survie.
Une étude sur la détresse enseignante et santé mentale des élÚves montre que la santé psychologique des enseignants est associée à celle des élÚves.
Finalement, prendre soin des enseignants, ce nâest pas dĂ©tourner lâattention des enfants.
Câest prendre soin des enfants autrement.
đ± Conclusion : soutenir ceux qui soutiennent
Nous avons beaucoup parlĂ© de bienveillance ces derniĂšres annĂ©es, et câest prĂ©cieux.
Mais peut-ĂȘtre avons-nous oubliĂ© une Ă©vidence simple : ceux qui tiennent la classe, qui prĂ©parent, corrigent, sâadaptent, expliquent, reprennent, rassurent, contiennent⊠ont eux aussi besoin dâĂȘtre soutenus.
La bienveillance envers les enseignants commence peut-ĂȘtre lĂ :
- dans notre regard
- dans notre façon de parler dâeux
- dans notre maniĂšre de reconnaĂźtre leur fatigue
- dans leur propre capacitĂ© Ă prendre soin dâeux-mĂȘmes
Soutenir un enseignant, ce nâest pas lâidĂ©aliser.
Câest reconnaĂźtre son humanitĂ©.
Et, au fond, une éducation plus juste commence souvent par là .
đż Pour aller plus loin
đŹ Et toi, quâen penses-tu ?
- As-tu déjà eu le sentiment que les enseignants étaient jugés trop vite dans notre société ?
- Quâest-ce qui aiderait, selon toi, les professeurs Ă ĂȘtre plus sereins et plus prĂ©sents en classe ?
- Et si tu es enseignant, quelle petite chose tâaide vraiment Ă prendre soin de toi au quotidien ?
