Une autre lecture pour soutenir la motivation intrinsèque à l’école
Motivation intrinsèque à l’école : l’expression est devenue omniprésente dans les discours éducatifs. Pourtant, sur le terrain, de nombreux enfants semblent incapables de rester assis, silencieux ou concentrés sur la durée. Ils bougent, font du bruit, se lèvent, dérangent.
Et si ces comportements n’étaient pas des échecs éducatifs, mais les signes d’un profond décalage entre ce que nous demandons aux enfants et ce que leur corps et leur cerveau sont capables de faire ?
Sur Naturaveillance, je propose une réflexion autour de l’éducation positive, éclairée par les neurosciences et en lien avec la nature. Cette approche repose sur une conviction forte, qui guide l’ensemble de mes écrits :
Les enfants d’aujourd’hui apprennent avec un cerveau et un corps façonnés par des millénaires de vie nomade, dans un monde scolaire devenu sédentaire.
Quand le comportement devient un verdict
Dans de nombreuses classes, un enfant qui bouge ou fait du bruit est rapidement perçu comme « perturbateur ».
La réponse est souvent immédiate : rappel à l’ordre, sanction, dispositif de gestion du comportement.
Pourtant, le comportement n’est pas une intention.
Il est très souvent une réponse.
Les neurosciences affectives montrent que le cerveau agit d’abord pour réguler une tension interne avant de répondre à une règle sociale (revue scientifique avec discussion sur le rôle des émotions dans l’apprentissage). Autrement dit, ce que l’adulte interprète comme un problème est parfois simplement l’expression d’un système nerveux qui cherche à s’équilibrer.
Avant de vouloir corriger l’enfant, il est donc essentiel de se demander :
à quoi répond ce comportement ?
Le corps : grand oublié de l’école
D’un point de vue biologique, rester assis, immobile et silencieux pendant de longues périodes représente un effort considérable pour un enfant.
Le mouvement joue pourtant un rôle central dans :
- la régulation émotionnelle,
- l’attention,
- la mémorisation,
- la gestion du stress.
En effet, des travaux montrent que l’activité physique améliore les fonctions exécutives, indispensables aux apprentissages. À l’inverse, l’immobilité prolongée augmente l’agitation interne et la fatigue cognitive.
👉 Cliquez ici pour lire une publication scientifique montrant l’impact de l’activité physique sur cognition/executive functions
Ainsi, un enfant qui bouge sa chaise ou fait tomber un objet ne cherche pas forcément à perturber la classe.
Il décharge une tension.
Et si l’école oubliait notre héritage nomade ?
Pendant des millénaires, l’être humain a été fondamentalement nomade. Nos ancêtres marchaient, exploraient, observaient leur environnement, apprenaient en interaction constante avec le vivant. Le cerveau humain s’est façonné en mouvement, bien avant l’apparition des salles de classe.
À l’échelle de l’histoire humaine, demander à un enfant de rester assis et immobile pendant des heures constitue une rupture évolutive très récente. Notre système nerveux n’a pas été conçu pour la sédentarité prolongée, mais pour l’exploration, l’adaptation et la coopération.
Les neurosciences confirment aujourd’hui cette lecture anthropologique : le mouvement soutient l’attention et la mémoire, tandis que le contact avec la nature apaise le stress et favorise les apprentissages ( revue neuroscientifique abordant liens entre environnement naturel, apprentissage et attention).
C’est ce que l’on observe lors des classes dehors, des sorties en nature ou des apprentissages ancrés dans le réel : les enfants sont souvent plus disponibles, plus calmes et plus engagés, sans que le contrôle adulte n’ait besoin d’augmenter.
Comprendre une règle ne signifie pas encore pouvoir la respecter
Un autre malentendu fréquent concerne le développement du cerveau.
Le cortex préfrontal, impliqué dans l’inhibition, la planification et l’autorégulation, est encore en maturation chez l’enfant et l’adolescent, parfois jusqu’au début de l’âge adulte (Giedd, 2015).
Ainsi, un élève peut :
- comprendre la règle,
- y adhérer intellectuellement,
- et ne pas encore être capable de la tenir dans son corps.
Dans ce contexte, la sanction n’enseigne pas l’autorégulation.
Elle ajoute simplement de la pression à un système déjà immature.
Le bruit : un angle mort éducatif
Le bruit en classe illustre bien ce décalage entre perception adulte et réalité enfantine.
Pour l’enfant :
- il déplace sa chaise,
- il parle à son voisin,
- il ajuste son corps.
Pour le groupe :
- le bruit est amplifié,
- l’attention collective est rompue.
La conscience de l’impact sonore collectif n’est pas innée. Elle s’apprend progressivement. Les environnements bruyants augmentent d’ailleurs la fatigue cognitive et l’irritabilité (étude sur bruit et effets négatifs sur performance scolaire).
Punir un bruit involontaire revient donc à sanctionner une compétence qui n’est pas encore construite.
Motivation intrinsèque à l’école : une compétence à développer
On entend souvent qu’un élève « devrait être motivé ». Pourtant, la motivation intrinsèque à l’école ne peut pas être exigée comme un prérequis.
Selon la théorie de l’autodétermination, elle se développe lorsque trois besoins fondamentaux sont nourris (Deci & Ryan, 2000) :
- le sentiment de compétence,
- l’autonomie,
- le lien social.
Un enfant dont le corps est sous contrainte permanente ou en surcharge sensorielle n’est pas disponible pour cette motivation interne. Avant d’apprendre, il cherche d’abord à se réguler.
Quand le cadre devient trop exigeant
Dans des classes nombreuses, les attentes peuvent dépasser les capacités réelles des enfants :
- rester assis longtemps,
- inhiber le mouvement,
- se contrôler en permanence.
Lorsque le cadre est trop exigeant, les comportements dits « problématiques » se multiplient. Ce n’est pas un hasard.
Les neurosciences du stress montrent qu’un cerveau sous tension privilégie la survie à l’apprentissage (McEwen, 2017).
Le comportement devient alors un indicateur, non un défaut.
Changer de regard avant de changer l’enfant
Relire les comportements à la lumière du développement, des neurosciences et de notre héritage nomade transforme profondément la posture éducative.
Au lieu de demander :
« Pourquoi il ne respecte pas la règle ? »
Il devient possible de se demander :
« Que m’indique ce comportement sur ses besoins ou sur le cadre ? »
Ce déplacement ouvre la voie à des ajustements simples mais puissants :
- pauses motrices,
- micro-mouvements autorisés,
- sorties régulières en extérieur,
- verbalisation des difficultés.
Ce qu’il faut retenir
Beaucoup de « problèmes de comportement » :
- ne sont pas intentionnels,
- sont liés au développement du cerveau,
- expriment un besoin corporel ou émotionnel,
- révèlent parfois un cadre inadapté.
Soutenir la motivation intrinsèque à l’école commence par là :
comprendre avant de corriger.
Les enfants d’aujourd’hui apprennent avec un cerveau et un corps façonnés par des millénaires de vie nomade, dans un monde scolaire devenu sédentaire.
Repenser l’éducation, c’est réconcilier l’apprentissage avec le vivant.
👉 Dans le prochain article, nous verrons pourquoi punitions et récompenses, bien que très utilisées, agissent toutes deux comme des outils de contrôle… et ce que cela change pour le cerveau des enfants.
Et vous, sur le terrain ?
Parents, enseignants, éducateurs : comment ces réflexions résonnent-elles avec ce que vous vivez au quotidien ?
Les commentaires sont ouverts pour partager expériences, questionnements ou pistes d’ajustement.
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