Motivation & apprentissages

7 – Motivation intrinsèque: Réinventer l’école grâce aux neurosciences et au vivant

Conclusion de la série : remettre l’humain — corps, cerveau et histoire — au cœur de la motivation intrinsèque à l’école

Après six articles consacrés au comportement, à l’attention, aux émotions, au mouvement et à la motivation intrinsèque à l’école, une évidence se dessine.

Pour comprendre les enfants d’aujourd’hui, nous devons tenir ensemble plusieurs réalités : le développement de l’enfant, les neurosciences, notre histoire évolutive… mais aussi la réalité quotidienne des familles et des enseignants.

Cette série n’avait pas pour but de désigner des coupables ni de dénoncer ce qui ne fonctionne pas.

Elle avait pour ambition de proposer un autre regard.

Un regard qui considère l’enfant non comme un élève défaillant qu’il faudrait réparer, mais comme un être en développement, doté d’un cerveau en construction, d’un corps vivant et d’une histoire profondément humaine.

Comme un jeune arbre qui grandit selon son rythme, l’enfant ne se développe pas parce qu’on lui ordonne de grandir. Il se développe lorsque les conditions favorables sont réunies.

Et c’est peut-être là que commence la véritable réflexion sur l’école.

Le comportement n’est pas le problème

Tout au long de cette série, nous avons exploré une idée simple mais parfois difficile à accepter :

Le comportement n’est pas le problème.

Il est souvent le symptôme visible d’autre chose.

Ce que nous appelons parfois opposition, agitation ou manque de motivation est fréquemment :

  • une réaction normale d’un cerveau immature ;
  • une stratégie de régulation face au stress ;
  • une réponse à un environnement trop exigeant ;
  • ou simplement un corps d’enfant qui tente de répondre à ses besoins.

Lorsqu’un enfant s’agite, refuse ou décroche, il ne cherche pas nécessairement à provoquer l’adulte.

Il communique souvent quelque chose qu’il ne sait pas encore exprimer autrement.

Le comportement devient alors un message à comprendre plutôt qu’un défaut à corriger.

Pourquoi le contrôle ne suffit pas

Face à ces comportements, notre réflexe est souvent de chercher à reprendre le contrôle.

C’est humain.

Les récompenses et les sanctions donnent l’impression d’agir rapidement.

Et il est vrai qu’elles peuvent modifier un comportement à court terme.

Mais modifier un comportement n’est pas la même chose que construire l’autonomie.

Les travaux de Richard Ryan et Edward Deci, à l’origine de la théorie de l’autodétermination, montrent que la motivation durable se nourrit avant tout d’autonomie, de compétence et de lien social.

Autrement dit, on peut parfois obtenir l’obéissance grâce à une récompense.

On ne crée pas pour autant une motivation intrinsèque.

Comme un arbre que l’on attacherait à un tuteur, le contrôle peut orienter temporairement la croissance.

Mais il ne remplace jamais la force qui vient des racines.

Les étiquettes façonnent silencieusement l’identité

Les systèmes de couleurs, de points ou de comportements paraissent souvent anodins.

Pourtant, ils véhiculent parfois un message plus puissant que prévu.

Lorsque l’enfant entend régulièrement qu’il est le « sage », le « perturbateur », le « rouge » ou le « difficile », ces mots peuvent progressivement devenir une partie de son identité.

Ce qu’un enfant intériorise a souvent plus d’impact que ce qu’il montre extérieurement.

Les neurosciences sociales nous rappellent que le regard des autres participe à la construction de l’image de soi.

Et cette image influence ensuite les comportements futurs.

L’étiquette finit parfois par devenir une prophétie.

La motivation intrinsèque ressemble davantage à une plante qu’à un interrupteur

L’une des idées les plus importantes de cette série est sans doute celle-ci :

La motivation intrinsèque ne se commande pas.

Elle se construit.

Nous aimerions parfois qu’un enfant soit spontanément motivé dès le premier jour.

Mais le développement humain fonctionne rarement ainsi.

La motivation apparaît souvent après les premiers succès.

Après les premières expériences de sécurité.

Après les premières relations de confiance.

Comme une graine, elle a besoin de conditions favorables pour germer :

  • un climat émotionnel sécurisant ;
  • le droit à l’erreur ;
  • du sens ;
  • du lien ;
  • un cadre soutenant.

Sans ces éléments, l’élan intérieur se replie naturellement.

Du renforcement positif à l’autonomie

Le renforcement positif peut être un outil précieux.

Particulièrement pour les enfants anxieux, timides ou peu confiants.

Mais il ne constitue pas une destination.

Il est un tremplin.

L’objectif n’est pas que l’enfant ait toujours besoin d’une validation extérieure.

L’objectif est qu’il développe progressivement sa propre capacité à évaluer ses progrès.

Nous pouvons passer de :

« Bravo ! »

à :

« Comment as-tu réussi ? »

Puis à :

« Qu’as-tu appris ? »

L’élève quitte alors progressivement la recherche d’approbation pour entrer dans une démarche plus autonome et plus durable.

Le corps : la clé que l’école oublie encore trop souvent

L’attention ne se décrète pas.

Elle se prépare biologiquement.

Pendant des centaines de milliers d’années, les êtres humains ont appris en marchant, en explorant, en manipulant et en vivant au contact direct de leur environnement.

Notre cerveau n’a pas été conçu pour passer l’essentiel de ses journées assis, immobile, sous lumière artificielle.

Les recherches de Tomporowski et de ses collègues montrent que l’activité physique soutient les fonctions cognitives et l’attention.

D’autres travaux, notamment ceux de Ming Kuo, suggèrent que le contact avec la nature favorise le bien-être, l’autorégulation et certains apprentissages.

Le mouvement, la respiration, les sorties, les postures variées ou les moments passés dehors ne sont donc pas des extras pédagogiques.

Ce sont des besoins humains fondamentaux.

Réconcilier l’apprentissage avec le mouvement, c’est réconcilier l’école avec la nature humaine.

Réinventer l’école : tenir ensemble quatre réalités

Si cette série devait laisser un seul message, ce serait celui-ci :

Nous devons tenir ensemble quatre réalités.

La réalité du terrain

Les enseignants ne sont pas des super-héros.

Ils travaillent dans des classes nombreuses, avec des contraintes bien réelles.

Toute évolution doit rester compatible avec cette réalité.

La réalité du développement

Un enfant peut vouloir… sans pouvoir.

Un adolescent peut comprendre… sans oser.

Un élève peut aimer apprendre… tout en se sentant incapable.

Le développement ne suit pas toujours le rythme de nos attentes.

Les connaissances actuelles sur le développement cérébral de l’enfant et de l’adolescent montrent que certaines capacités continuent à se construire pendant de nombreuses années.

La réalité du corps

Le cerveau n’apprend jamais seul.

Il apprend avec le corps.

La réalité anthropologique

Notre cerveau reste celui d’une espèce qui a appris pendant des millénaires au contact du vivant.

Le décalage entre cette histoire et certains environnements modernes mérite d’être pris au sérieux.

Parents, enseignants : vous n’êtes pas seuls

Cette série met également en lumière un paradoxe souvent douloureux.

Nous demandons parfois à l’enfant davantage que ce que son développement lui permet momentanément.

Et nous demandons parfois aux adultes davantage que ce qu’il est raisonnable de porter seuls.

Si vous êtes parent, enseignant ou éducateur et que vous vous sentez parfois dépassé, cela ne signifie pas que vous faites mal.

Cela signifie souvent que les défis sont réels.

La compréhension n’efface pas toutes les difficultés.

Mais elle permet de regarder les situations avec davantage de douceur et de lucidité.

Un mouvement est déjà en marche

Partout, discrètement, quelque chose évolue.

Des enseignants font davantage de place au mouvement.

Des écoles sortent plus souvent dehors.

Des parents cherchent à comprendre avant de sanctionner.

Des éducateurs accordent davantage d’importance à la relation.

Ce mouvement n’avance pas à coups de révolutions spectaculaires.

Il progresse par capillarité.

Comme l’eau qui traverse lentement un sol fertile.

Et c’est souvent ainsi que les changements durables prennent racine.

Revenir au vivant

Lorsque nous observons la nature, nous ne voyons pas de jeunes pousses forcées de grandir plus vite.

Nous voyons des conditions qui permettent la croissance.

De la lumière.

De l’eau.

Un sol vivant.

Du temps.

Peut-être que l’école de demain commence là.

Moins dans le contrôle des enfants.

Davantage dans la création des conditions qui leur permettront de s’épanouir.

Car un enfant apprend plus facilement lorsqu’il se sent en sécurité, reconnu, relié aux autres, engagé dans ce qu’il fait et libre de bouger.

Ce n’est pas une découverte moderne.

C’est une réalité profondément humaine.

Réinventer l’école, ce n’est peut-être pas inventer quelque chose de nouveau.

C’est simplement retrouver quelque chose que nous avons parfois oublié :

le vivant.

Et vous ?

Dans votre expérience de parent, d’enseignant ou d’éducateur, quel est selon vous le plus grand obstacle à la motivation intrinsèque aujourd’hui ?

Le manque de mouvement ?

La pression scolaire ?

Les récompenses et les sanctions ?

Ou autre chose ?

Je serais heureuse de lire vos observations dans les commentaires. 🌿

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