Votre enfant oublie les consignes, perd le fil de ses exercices ou semble comprendre une notion sans réussir à l’appliquer ? Il ne manque peut-être ni de motivation ni d’intelligence. Une mémoire de travail fragile peut rendre les apprentissages plus difficiles. Découvrez 12 stratégies simples, fondées sur les recherches scientifiques, pour l’aider au quotidien à l’école comme à la maison.
« Je viens pourtant de lui dire… »
« Va mettre ton manteau, prends ton sac, n’oublie pas ton cahier de lecture et retrouve-moi devant la porte. »
Quelques secondes plus tard, votre enfant revient… sans son cahier.
Ou bien il est déjà en train de jouer avec un Lego, comme s’il avait rien entendu ou complètement oublié ce que vous veniez de lui demander.
À l’école, c’est souvent la même chose. L’enseignant donne une consigne. Votre enfant semble écouter. Pourtant, au moment de commencer, il regarde autour de lui, attend que les autres démarrent ou demande que l’on répète.
Pendant longtemps, ces situations ont été interprétées comme un manque d’attention, de motivation ou de bonne volonté.
Pourtant, les recherches montrent qu’une autre explication est souvent en jeu : la mémoire de travail.
Dans un précédent article, nous avons découvert que cette fonction cognitive agit comme un véritable espace de travail mental, indispensable pour comprendre une consigne, résoudre un problème, lire un texte ou suivre une conversation.
➡️ Si vous découvrez ce sujet, je vous recommande de commencer par notre article consacré au fonctionnement de la mémoire de travail.
Nous avons ensuite vu qu’un enfant très intelligent peut rencontrer d’importantes difficultés scolaires lorsque sa mémoire de travail est limitée, sans que cela remette en cause son potentiel.
La bonne nouvelle est qu’il n’existe pas de fatalité.
Même si l’on ne peut pas augmenter la capacité de la mémoire de travail à volonté, il est tout à fait possible d’adapter l’environnement, les méthodes d’apprentissage et notre manière d’accompagner les enfants.
C’est précisément ce que nous allons découvrir.
Pourquoi les stratégies sont souvent plus efficaces que « faire travailler la mémoire »
Pendant plusieurs années, de nombreux programmes promettaient d’améliorer la mémoire de travail grâce à des entraînements informatiques.
Les recherches sont aujourd’hui plus nuancées.
Une importante méta-analyse sur les limites de l’entraînement de la mémoire de travail montre que ces programmes permettent parfois de progresser sur les exercices pratiqués, mais que ces progrès se transfèrent peu à la lecture, aux mathématiques ou aux capacités intellectuelles générales.
Autrement dit, il est souvent plus efficace d’aider le cerveau à fonctionner dans de bonnes conditions que de chercher à le « muscler ».
Les douze stratégies qui suivent s’appuient sur cette idée.
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1. Réduire la charge cognitive
Imaginez que vous essayiez de transporter dix sacs de courses en une seule fois.
Même si vous êtes très fort, il y a de fortes chances que certains tombent.
La mémoire de travail fonctionne un peu de la même manière.
Lorsqu’elle est saturée, certaines informations disparaissent avant même d’avoir pu être utilisées.
C’est pourquoi l’une des premières stratégies consiste à réduire la quantité d’informations que l’enfant doit gérer simultanément.
Par exemple, plutôt que de présenter une fiche remplie d’illustrations, de couleurs et de nombreuses consignes, il peut être utile de :
- masquer les exercices inutiles ;
- ne montrer qu’une partie de la page ;
- utiliser une présentation aérée ;
- supprimer les distractions visuelles.
À la maison, cela peut également signifier préparer tout le matériel avant les devoirs plutôt que de demander à l’enfant d’aller chercher successivement son cahier, sa règle, son dictionnaire et sa trousse.
Chaque élément retiré de la mémoire de travail libère des ressources pour comprendre, raisonner et apprendre.
Pourquoi cela fonctionne
La mémoire de travail possède une capacité limitée. Réduire la charge cognitive permet de consacrer davantage de ressources au raisonnement plutôt qu’au simple maintien des informations.
À essayer dès aujourd’hui
Avant chaque activité, posez-vous cette question :
Qu’est-ce que je peux simplifier pour que mon enfant réfléchisse davantage plutôt que d’essayer de tout retenir ?
Erreur fréquente
Multiplier les couleurs, les pictogrammes ou les décorations en pensant rendre le document plus agréable.
Paradoxalement, cela peut parfois augmenter la charge cognitive.
2. Donner une seule consigne à la fois
Nous avons souvent tendance à enchaîner plusieurs demandes.
« Va chercher ton cahier, ouvre-le page 32, lis la consigne puis fais les deux premiers exercices. »
Pour un adulte, cette succession paraît simple.
Pour un enfant ayant une mémoire de travail fragile, elle peut déjà dépasser ses capacités.
Il est souvent préférable de fractionner les différentes étapes.
- Va chercher ton cahier.
- Très bien.
- Ouvre-le page 32.
- Parfait.
- Maintenant, lis la consigne.
Les travaux consacrés aux adaptations pédagogiques pour les enfants ayant une mémoire de travail fragile recommandent notamment de surveiller les situations de surcharge et d’adapter la quantité d’informations que l’enfant doit maintenir en tête.
Pourquoi cela fonctionne
Chaque nouvelle information occupe une partie de la mémoire de travail. En réduisant le nombre d’informations simultanées, on diminue le risque de surcharge.
À essayer dès aujourd’hui
Après une consigne importante, demandez simplement :
« Peux-tu me redire ce que tu vas faire ? »
Cette reformulation permet de vérifier que l’information a bien été retenue.
Erreur fréquente
Répéter exactement la même longue consigne plusieurs fois.
Il est souvent plus efficace de la découper.
3. Externaliser ce que le cerveau n’a pas besoin de retenir
Notre cerveau n’est pas conçu pour conserver toutes les informations temporaires.
C’est d’ailleurs pour cette raison que nous utilisons des agendas, des listes de courses ou des pense-bêtes.
Les enfants peuvent bénéficier du même principe.
Une check-list illustrée pour préparer le cartable.
Un planning des étapes d’un exercice.
Une fiche rappelant une méthode.
Un modèle affiché sur le bureau.
Toutes ces aides permettent de décharger la mémoire de travail afin que l’enfant puisse consacrer son énergie à comprendre et à apprendre.
Ce n’est pas de la triche.
C’est une manière intelligente d’utiliser son environnement comme une extension de son cerveau.
Pourquoi cela fonctionne
Moins l’enfant doit retenir d’informations temporaires, plus il peut mobiliser ses ressources pour raisonner, résoudre un problème ou mémoriser durablement.
À essayer dès aujourd’hui
Créez ensemble une fiche plastifiée rappelant les étapes d’une activité récurrente : préparer le cartable, résoudre un problème de mathématiques ou relire une rédaction.
Progressivement, ces étapes deviendront plus automatiques.
Erreur fréquente
Retirer ces aides trop rapidement sous prétexte que l’enfant « devrait maintenant savoir ».
Les supports visuels sont des outils de compensation, pas des béquilles.
4. Construire des routines pour libérer la mémoire de travail
Avez-vous déjà remarqué qu’un enfant peut oublier chaque matin ce qu’il doit mettre dans son cartable… mais réciter par cœur les paroles de sa chanson préférée ?
La différence ne vient pas forcément de sa motivation.
Elle vient souvent du fait que certaines tâches sont devenues automatiques, tandis que d’autres sollicitent encore fortement sa mémoire de travail.
Chaque fois qu’une action est répétée dans le même ordre, le cerveau a progressivement besoin de moins d’efforts conscients pour la réaliser.
C’est exactement ce que l’on appelle l’automatisation.
Une routine du matin, une méthode toujours identique pour résoudre un problème de mathématiques ou un rituel de préparation du cartable permettent de transférer progressivement certaines tâches vers la mémoire à long terme.
La mémoire de travail est alors moins sollicitée et peut se concentrer sur ce qui demande réellement de réfléchir.
Les routines rassurent également les enfants. Elles réduisent l’incertitude, limitent les oublis et diminuent la charge mentale liée à l’organisation.
Pourquoi cela fonctionne
Chaque automatisme construit libère de la place dans la mémoire de travail. Le cerveau peut alors consacrer davantage de ressources à comprendre de nouvelles notions plutôt qu’à gérer les étapes d’une tâche déjà connue.
À essayer dès aujourd’hui
Choisissez une seule routine à mettre en place cette semaine.
Par exemple :
- préparer le cartable toujours dans le même ordre ;
- suivre les mêmes étapes avant les devoirs ;
- relire systématiquement un exercice avant de le rendre.
L’objectif n’est pas la perfection, mais la répétition.
Erreur fréquente
Changer régulièrement de méthode ou de routine.
Même lorsqu’une nouvelle organisation paraît meilleure, elle demande au cerveau de reconstruire de nouveaux automatismes.
5. Consolider les connaissances pour éviter de surcharger la mémoire de travail
La mémoire de travail ne fonctionne jamais seule.
Elle s’appuie en permanence sur ce que l’enfant connaît déjà.
Prenons un exemple.
Pour lire cette phrase, vous ne réfléchissez probablement plus au son de chaque lettre.
La lecture est devenue automatique.
Votre mémoire de travail est donc entièrement disponible pour comprendre le sens du texte.
Chez un enfant qui déchiffre encore difficilement, une grande partie des ressources cognitives est mobilisée par la lecture elle-même.
Il lui reste alors beaucoup moins de place pour comprendre ce qu’il lit.
Le même phénomène existe dans toutes les disciplines.
En mathématiques, connaître parfaitement ses tables de multiplication facilite la résolution des problèmes.
En anglais, mémoriser le vocabulaire courant permet de se concentrer sur le sens des phrases plutôt que sur chaque mot.
En histoire, connaître quelques repères chronologiques aide à comprendre les événements.
Plus les connaissances de base sont solides, moins la mémoire de travail est sollicitée.
C’est pourquoi les apprentissages réguliers, les rappels espacés et les réactivations fréquentes sont si importants.
Les recherches montrent que répartir les révisions dans le temps favorise une mémorisation plus durable que le fait de tout revoir en une seule fois.
👉 Vous pouvez découvrir ces travaux sur les bénéfices des révisions espacées chez les enfants
Pourquoi cela fonctionne
Chaque connaissance bien installée en mémoire à long terme devient immédiatement disponible.
La mémoire de travail peut alors se consacrer au raisonnement plutôt qu’à la recherche d’informations déjà apprises.
À essayer dès aujourd’hui
Prévoyez cinq minutes de révision plusieurs fois dans la semaine plutôt qu’une longue séance le dimanche soir.
Quelques minutes régulières sont souvent plus efficaces qu’un apprentissage intensif de dernière minute.
Erreur fréquente
Penser qu’un enfant maîtrise une notion parce qu’il l’a réussie une seule fois.
La mémoire se construit grâce aux réactivations répétées.
6. Enseigner des stratégies de mémorisation plutôt que demander de « faire un effort »
Face à un enfant qui oublie rapidement, il est tentant de dire :
« Concentre-toi davantage. »
Ou encore :
« Fais un effort pour retenir. »
Malheureusement, ces conseils restent très vagues.
La plupart des enfants savent qu’ils devraient mieux mémoriser…
Mais ils ne savent pas comment faire.
Les stratégies de mémorisation peuvent alors faire une réelle différence.
Par exemple, apprendre à regrouper des informations en catégories, créer des associations d’idées, utiliser une image mentale ou reformuler avec ses propres mots permet souvent de réduire la charge de la mémoire de travail.
Ces stratégies deviennent progressivement des outils que l’enfant pourra réutiliser dans de nombreuses situations.
L’objectif n’est pas qu’il mémorise davantage « par force », mais qu’il apprenne à utiliser son cerveau plus efficacement.
Cette autonomie constitue une compétence précieuse bien au-delà de l’école.
Pourquoi cela fonctionne
Les stratégies de mémorisation permettent d’organiser les informations plutôt que de les retenir de manière isolée.
Le cerveau traite plus facilement des informations reliées entre elles que des éléments sans lien.
À essayer dès aujourd’hui
Lorsque votre enfant doit retenir plusieurs éléments, demandez-lui :
- « Qu’est-ce qui va ensemble ? »
- « Peux-tu inventer une petite histoire avec ces mots ? »
- « Quelle image pourrait t’aider à t’en souvenir ? »
L’objectif est de lui faire découvrir progressivement les méthodes qui lui correspondent le mieux.
Erreur fréquente
Croire qu’il existe une technique universelle qui fonctionne pour tous les enfants.
Chaque enfant développe progressivement ses propres stratégies. L’important est de les expérimenter, de les adapter et de les réutiliser régulièrement.
Jusqu’ici, nous avons surtout parlé des supports, des consignes et des méthodes d’apprentissage. Mais la mémoire de travail dépend aussi de l’état dans lequel se trouve le cerveau. Un enfant stressé, fatigué ou resté immobile trop longtemps ne dispose pas toujours des mêmes ressources pour réfléchir.
7. Réduire le stress pour libérer les capacités du cerveau
Vous avez probablement déjà vécu cette situation.
Vous connaissez parfaitement le code de votre carte bancaire. Pourtant, au moment de payer, impossible de vous en souvenir.
Quelques secondes plus tard, il vous revient naturellement.
Ce n’est pas que votre mémoire a disparu.
C’est le stress qui a momentanément perturbé son fonctionnement.
Chez les enfants, ce phénomène est fréquent.
Lorsqu’ils craignent de se tromper, d’être jugés ou qu’ils se sentent submergés, une partie des ressources de leur mémoire de travail est mobilisée pour gérer leurs émotions.
Lorsque le système nerveux se place en état d’alerte, le cerveau accorde davantage de ressources à la détection du danger et moins aux tâches complexes comme raisonner, inhiber une réponse ou maintenir plusieurs informations en tête.
Il reste alors moins de ressources disponibles pour réfléchir, comprendre ou mémoriser.
Une méta-analyse portant sur les fonctions exécutives montre d’ailleurs que le stress aigu peut perturber plusieurs fonctions cognitives, dont la mémoire de travail et le contrôle attentionnel.
👉 Vous pouvez consulter cette méta-analyse sur les effets du stress sur les fonctions exécutives
Cela ne signifie pas qu’il faut supprimer tout défi.
Au contraire, les apprentissages nécessitent parfois un certain niveau d’effort.
L’objectif est plutôt d’offrir un environnement suffisamment sécurisant pour que l’enfant puisse consacrer son énergie à apprendre plutôt qu’à gérer son anxiété.
Pourquoi cela fonctionne
Lorsque le cerveau se sent en sécurité, il peut consacrer davantage de ressources cognitives au raisonnement et à la mémorisation.
À l’inverse, un stress important monopolise une partie des capacités de la mémoire de travail.
À essayer dès aujourd’hui
Avant de commencer un devoir difficile, prenez une minute pour discuter avec votre enfant.
Demandez-lui simplement :
- « Qu’est-ce qui te semble difficile ? »
- « Par quoi aimerais-tu commencer ? »
Quelques respirations lentes ou un moment de connexion peuvent parfois suffire à diminuer la pression.
Erreur fréquente
Croire qu’un enfant apprend mieux sous la pression.
Un stress modéré peut stimuler la motivation, mais un stress trop important réduit souvent les capacités d’apprentissage.
8. Bouger avant d’apprendre
Demander à un enfant de rester assis pendant de longues périodes n’est pas toujours la meilleure façon de préparer son cerveau à apprendre.
Le mouvement ne sert pas uniquement à dépenser de l’énergie.
Il participe aussi au bon fonctionnement du cerveau.
Une méta-analyse regroupant de nombreuses études montre qu’une activité physique régulière est associée à de meilleures performances des fonctions exécutives chez les enfants, notamment l’attention, l’inhibition et la flexibilité cognitive.
👉 Vous pouvez consulter cette méta-analyse sur l’activité physique et les fonctions exécutives chez les enfants
La mémoire de travail faisant partie des fonctions exécutives, ces résultats suggèrent que le mouvement peut contribuer à créer un contexte plus favorable à l’attention et aux apprentissages.
Cela ne signifie pas qu’il faille transformer chaque séance de devoirs en parcours sportif.
Quelques minutes peuvent suffire.
Monter les escaliers.
Faire quelques sauts.
Marcher autour de la maison.
Lancer et rattraper une balle.
Ces courtes pauses permettent souvent de repartir avec une meilleure disponibilité mentale.
Pourquoi cela fonctionne
Le mouvement favorise le fonctionnement global des fonctions exécutives, indispensables pour apprendre, planifier et maintenir son attention.
À essayer dès aujourd’hui
Essayez une pause active de cinq minutes avant un exercice demandant beaucoup de concentration.
Observez ensuite si votre enfant entre plus facilement dans son travail.
Erreur fréquente
Supprimer les récréations ou les pauses pour « gagner du temps ».
Le cerveau a souvent besoin de ces moments pour retrouver toute son efficacité.
9. Profiter des bienfaits de la nature
Il suffit parfois d’observer les enfants dehors.
Ils courent.
Explorent.
Construisent.
Inventent.
Leur attention semble souvent plus fluide qu’après une longue période passée dans un environnement très stimulant.
Depuis plusieurs années, des chercheurs s’intéressent aux effets du contact avec la nature sur les capacités attentionnelles.
Une étude menée auprès d’enfants suggère que le contact avec des environnements naturels peut soutenir certaines capacités attentionnelles.
👉 Vous pouvez découvrir cette étude sur les liens entre nature et attention chez les enfants
Il est important de rester prudent.
Cette étude ne démontre pas que la nature améliore directement la mémoire de travail.
En revanche, elle suggère qu’en favorisant la récupération de l’attention et en réduisant certaines sources de fatigue mentale, les espaces naturels créent un contexte plus favorable aux apprentissages.
Pour beaucoup d’enfants, une promenade, quelques minutes dans le jardin ou un temps de jeu libre en forêt constituent donc bien plus qu’un simple moment de détente.
Ils permettent aussi au cerveau de récupérer.
Pourquoi cela fonctionne
L’attention et la mémoire de travail sont étroitement liées.
Lorsqu’un enfant retrouve une meilleure qualité d’attention, il dispose généralement de davantage de ressources pour apprendre.
À essayer dès aujourd’hui
Lorsque cela est possible, proposez un temps dehors avant les devoirs.
Il ne s’agit pas forcément d’une grande randonnée.
Quelques minutes dans un parc, un jardin ou un espace naturel peuvent déjà constituer une transition bénéfique.
Erreur fréquente
Considérer les sorties dehors comme une récompense après le travail.
Pour certains enfants, elles constituent au contraire une excellente préparation aux apprentissages.
10. Fractionner les apprentissages pour éviter la saturation
Lorsque nous voulons aider un enfant en difficulté, nous avons parfois le réflexe de prolonger la séance de travail.
Pourtant, notre cerveau possède une capacité limitée.
Après plusieurs dizaines de minutes de concentration, la mémoire de travail devient progressivement moins efficace.
L’enfant peut alors avoir l’impression que « rien ne rentre », alors qu’il est simplement en situation de surcharge cognitive.
À l’inverse, plusieurs courtes séances réparties dans le temps sont généralement plus efficaces qu’une longue séance de révision.
Fractionner une séance ne vise pas seulement à mieux mémoriser sur plusieurs jours. Cela permet surtout d’éviter que l’enfant reste trop longtemps en situation de surcharge au cours d’une même activité.
Pourquoi cela fonctionne
La mémoire de travail fonctionne comme un espace de traitement temporaire.
En faisant des pauses régulières, on limite la surcharge cognitive et on laisse au cerveau le temps de consolider les informations.
À essayer dès aujourd’hui
Vous pouvez commencer par une courte période de travail adaptée à l’âge et à la disponibilité de l’enfant, suivie de quelques minutes de pause. Pour certains enfants, dix minutes seront suffisantes ; pour d’autres, vingt minutes resteront confortables.Chez les plus jeunes, les périodes de concentration peuvent être encore plus courtes.
L’objectif n’est pas de travailler plus longtemps, mais de travailler dans de meilleures conditions.
Erreur fréquente
Penser qu’un enfant progresse davantage parce qu’il reste une heure assis devant son cahier.
Au-delà d’un certain seuil, prolonger la séance peut devenir contre-productif.
11. Adapter les attentes plutôt que demander toujours plus
Tous les enfants n’apprennent pas au même rythme.
Lorsqu’un enfant possède une mémoire de travail fragile, certaines tâches lui demanderont davantage d’efforts que d’autres.
Cela ne signifie pas qu’il faut diminuer les objectifs d’apprentissage.
En revanche, il est souvent utile d’adapter la manière d’y parvenir.
Par exemple :
- accorder davantage de temps ;
- découper un exercice en plusieurs étapes ;
- fournir un support visuel ;
- autoriser une fiche mémoire ;
- vérifier régulièrement la compréhension.
Ces adaptations ne donnent pas un avantage.
Elles permettent simplement à l’enfant de montrer ce qu’il sait réellement, sans être pénalisé par les limites de sa mémoire de travail.
Les travaux de Susan Gathercole et Tracy Alloway montrent d’ailleurs que ces ajustements pédagogiques peuvent réduire de nombreuses difficultés rencontrées en classe.
Pourquoi cela fonctionne
Lorsque les exigences dépassent momentanément les capacités de la mémoire de travail, l’enfant peut échouer malgré une bonne compréhension.
Adapter les supports permet d’évaluer davantage les connaissances que les limites cognitives.
À essayer dès aujourd’hui
Demandez-vous :
Mon enfant ne réussit-il pas… ou est-ce que la tâche lui demande simplement de gérer trop d’informations à la fois ?
Cette simple question change souvent notre regard.
Erreur fréquente
Confondre adaptation et facilité.
Adapter une activité ne signifie pas diminuer les apprentissages.
Cela permet simplement de rendre les apprentissages accessibles.
12. Croire en ses capacités… sans nier ses difficultés
Un enfant qui oublie souvent finit parfois par entendre :
« Tu ne fais pas attention. »
« Tu pourrais réussir si tu voulais. »
« Tu es tête en l’air. »
À force, ces remarques peuvent devenir une véritable étiquette.
Pourtant, lorsqu’un enfant comprend le fonctionnement de son cerveau, il réalise que ses difficultés ne définissent pas son intelligence.
Il découvre surtout qu’il existe des stratégies pour les contourner.
Cette prise de conscience est essentielle.
Elle nourrit le sentiment d’efficacité personnelle, favorise la persévérance et réduit le risque de découragement.
L’objectif n’est donc pas de convaincre un enfant qu’il n’a aucune difficulté.
L’objectif est de lui montrer qu’il peut apprendre autrement.
Et qu’avec les bons outils, il pourra progressivement gagner en autonomie.
Pourquoi cela fonctionne
Les croyances que les enfants développent sur leurs propres capacités influencent leur motivation, leur engagement et leur persévérance.
Comprendre que leurs difficultés ne viennent ni d’un manque d’intelligence ni d’un manque de volonté peut les aider à aborder les apprentissages avec davantage de confiance.
À essayer dès aujourd’hui
Lorsque votre enfant rencontre une difficulté, essayez de remplacer :
« Tu n’y arrives pas. »
par :
« Nous n’avons pas encore trouvé la stratégie qui te convient. »
Cette petite nuance peut profondément modifier sa manière de percevoir ses capacités.
Erreur fréquente
Réduire un enfant à ses difficultés.
La mémoire de travail n’est qu’une composante parmi de nombreuses autres.
Elle ne résume ni son intelligence, ni sa créativité, ni son potentiel.
Ce qu’il faut retenir
Une mémoire de travail fragile n’est ni un manque d’intelligence, ni un manque de motivation.
C’est une caractéristique du fonctionnement cognitif qui peut rendre certains apprentissages plus coûteux.
La bonne nouvelle est que nous pouvons agir.
En réduisant la charge cognitive, en construisant des automatismes, en utilisant des supports visuels, en favorisant le mouvement, en limitant le stress et en proposant des stratégies adaptées, nous créons un environnement dans lequel le cerveau peut mobiliser pleinement ses ressources.
Aider un enfant ayant une faible mémoire de travail ne consiste donc pas à lui demander davantage d’efforts.
Il s’agit surtout de lui permettre d’utiliser son énergie là où elle est vraiment utile : comprendre, réfléchir et apprendre.
Un enfant qui oublie souvent n’a pas toujours besoin qu’on lui demande de faire davantage d’efforts.
Il a parfois surtout besoin que l’on réduise le nombre d’informations à retenir, que l’on rende les étapes visibles et que l’on respecte les moments où son cerveau est saturé.
Lorsque l’adulte cesse d’interpréter chaque oubli comme un manque de volonté, le regard change. Et ce changement de regard peut déjà transformer profondément la manière dont l’enfant vit les apprentissages.
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💬 Et vous ?
Avez-vous reconnu certaines situations vécues avec votre enfant ou vos élèves ?
Parmi ces douze stratégies, laquelle vous semble la plus facile à mettre en place dès cette semaine ?
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